Notre feuilleton du printemps 2006 :

Les plaisirs solidaires
du coureur sur route ...

Evocation de souvenirs marquants d'un coureur à pied :
mes courses en compagnies de coureuses.

 

par Jean POUSSINEAU, mars 2006

 
     Si dans chaque compétition, chacun fait sa course en adoptant un rythme personnel, il arrive souvent  que l'on fasse la majeur partie de la distance en compagnie des mêmes coureurs qui ont la même allure que vous.
     Pour ma part, quelle que soit la distance (marathon, semi-marathon ou 10km), j'ai souvent eu le plaisir de réaliser ces courses en compagnie de coureurs de sexe féminin. La première raison est que, et l'expérience le prouve, la femme est toujours régulière dans son rythme de course, elle ne cède pas à des moments d'euphorie qui, souvent, perturbent la course des coureurs masculins ; de plus, courir en compagnies de jeunes et jolies personnes est également agréable !

     Je vais narrer quelques situations pour étayer mes arguments. Cela s'est souvent déroulé au cours de mes courses à l'étranger, depuis que je suis Vétéran 3.
(NDLR : des plaisirs solidaires venus sur le tard ;-) !! )
 

1er épisode :

Février 1999 - Las Vegas (Etats-Unis)
Semi-marathon dans le désert du Nevada (2900 coureurs)
:

     Après un départ aux aurores (7h du matin), au bout d'un kilomètre, les coureurs ont déjà leur place dans le peloton.
     A mes côtés, une jeune américaine dont l'allure et le rythme de course me convenait parfaitement. Au passage du panneau indiquant le troisième mile, elle me demanda quel était mon objectif de course ! Je lui fis répéter deux ou trois fois la question (mon anglais étant assez loin) ; je luis répondis "J'espère (I hope) faire 1h 30min". Je dus également le répéter, mon accent laissant à désirer. Mais elle me fit comprendre que cela lui convenait, car son meilleur temps actuel était de 1h 34, et qu'elle espérait une amélioration.
     Les panneaux de distance étant plantés tous les trois miles, c'est ma compagne, Cynthia, qui donnait le tempo. Je faisais mentalement la correspondance en kilomètres, et aux environ du 11ème mile, nous étions toujours sur la base de 1h 30min ; mais, alors que c'était toujours elle qui dictait la cadence, et que nous étions toujours sur cette autoroute en plein désert, longue de vingt kilomètres et droite à n'en plus finir, à l'approche de la ville de Las  Vegas, je remarquai que le rythme avait un peu baissé.
     Aussi, au passage du 12ème mile, après un pointage à mon chrono à ce qui correspondait en kilomètres (c'est-à-dire au 19ème kilomètre), je lui dis : "Cynthia, il faut accélérer pour faire les 1h 30". Elle suivit un certain temps, puis décrocha en me disant :"Go, go..."
     Mon objectif étant de 1h 30min, j'oubliai pour un temps la galanterie française et continuai à accélérer pour terminer les 21 km 100 en 1h 29min 54s.
     J'accueillais ma nouvelle amie Cynthia qui, avec un chrono de 1h 31 améliorait donc son meilleur temps de trois minutes, et qui, gentiment, me donna une accolade de camarade de course !

PS : Notre rythme de course me permit de me classer 380ème sur 2970 concurrents et 1er en vétéran 3, en 1h 29min 54s (Merci Cynthia)

JP

2ème épisode :

Août 2002 - Québec (Canada)
Semi-marathon (1520 coureurs)
:

     Départ à 10h par une chaleur déjà lourde, parcours agréable, mais très vallonné. Dès le départ, je me trouve aux côtés d'une jeune fille qui était elle-même accompagnée d'un coureur qui, je le remarquais, courait facile. J'en compris très vite la raison car, dans ses échanges verbaux avec la jeune fille (en français québécois), il lui donnait un rythme de course et devait l'accompagner jusqu'au 5ème km ; de plus, c'était son entraîneur, et il voulait mettre son élève sportive, qui était une junior prometteuse, sur la base de moins de 1h 45min. La chaleur étant personnellement mon handicap rédhibitoire, je restai en leur compagnie pour plus de sûreté.
     Au 5ème km, l'entraîneur dit à la jeune fille : "Reste avec le pépé français le plus longtemps possible, cela devrait être bon pour vous deux", puis il a accéléré et s'est éloigné dans le peloton.
     Nous pûmes assez facilement échanger des bribes de conversation avec Cathy (le parler québécois étant d'ailleurs très chantant), et je bénéficiais en plus des encouragements que Cathy recevait de la part des spectateurs compatriotes.
     Nous continuâmes de conserve sur le même rythme jusqu'au 17ème km, mais la fougue juvénile de ma compagne s'abaissa progressivement, et je me résolus à terminer les derniers kilomètres sans sa compagnie. Encore une fois j'oubliai la galanterie française mais, comme toujours lors des courses à l'étranger, j'essayais de faire un podium dans ma catégorie et, effectivement, terminant en 1h 42min, je réussis à obtenir la place de 2ème en Vétéran 3.
     Quant à ma compagne Cathy, elle arriva deux minutes plus tard et, après quelques échanges amicaux et sportifs, elle alla retrouver son entraîneur et ses amis coureurs ...
 

3ème épisode :

Mai 2004 - Vienne (Autriche)
Course des 15km (2050 coureurs)
:

     Parcours ultra plat et, dès le départ donné sur une rocade au sud de la ville, je suis aux côtés d'une Walkyrie, blonde comme les blés, mais avec une foulée légère et régulière. J'avais donc trouvé mon alter ego, il ne me restait donc qu'à tenir sa cadence le plus longtemps possible.
     Nous accomplîmes les quinze kilomètres dans la même foulée, mais là ... le contact ne s'établit jamais et je dirais même qu'elle refusa le moindre échange oral. Heureusement, le cheminement se déroulant à l'intérieur de la vieille ville de Vienne, la vue de nombreux monuments anciens compensa son mutisme.
    Nous franchîmes la ligne d'arrivée en 1h 04min (soit 4min 16s au km) donc très satisfaits de ce résultat, mais ma compagne momentanée s'esquiva dès la ligne blanche passée ... Sans doute un reste de la domination wagnérienne !
     Néanmoins, ce rythme de course me permit de finir 1er vétéran 3 (alors merci (Danke) à celle que je baptiserai Greta !).
 

4ème épisode :

Octobre 2005 - Lorris (Loiret)
Course verte de 15km
:

     Au passage du premier kilomètre, je me trouve aux côtés d'une jeune fille d'un club d'Orléans qui me dit s'appeler Valérie. Elle imprima un rythme plus soutenu durant les dix premiers kilomètres ; je pris le relais sur les cinq restants, et nous réussîmes à passer la ligne d'arrivée avant la première senior féminine.
     Aussi, dès la ligne franchie, la gentille Valérie me fit la bise amicalement, en me disant : "Merci, Papy !"

Novembre 2005 - Orléans (Loiret)
Course des 10km
:

     Avec près de 900 concurrents au départ, je n'avais pu reconnaître Valérie dans le peloton mais, après quelques centaines de mètres, un bonjour amical de celle-ci me permit de lui dire : "Essayons de faire cette course ensemble".
     Ainsi, sur un itinéraire on ne peut plus local, nous réussîmes à faire un temps de 44min 26s, correspondant à nos valeurs actuelles. Nous convînmes que, sur cette distance, nos rythmes étaient vraiment similaires, et l'on s'est dit en se quittant : "Peut-être à une autre fois !"
 

5ème épisode (et dernier de la série) :

Décembre 2005 - Combreux (Loiret)
Course verte pour le Téléthon
:

    Au départ de cette course sur distance réduite (7km) dans la magnifique forêt d'Orléans, massif d'Ingrannes, presque sans surprise, je me positionnai près de ma nouvelle mascotte.
     Je réussis cette fois encore à suivre sa foulée légère, avec difficulté parfois il est vrai, mais nous franchîmes la ligne d'arrivée ensemble, et elle me prit amicalement la main au passage de la ligne blanche.

*****

     Cela confirme donc tous les exemples précédents, et permet de vérifier que les coureuses sont très régulières et que, sur trois courses consécutives, j'ai profité de la sympathie d'une jeune Orléanaise.
     La course à pied est donc bien un vecteur de relations sportives et amicales, que ce soit aux antipodes ou dans notre région d'origine.
     Je ne peux terminer ces petites anecdotes relatives à la gent féminine de la course à pied, sans rappeler tous les bons souvenirs que j'ai eus sur des centaines de kilomètres parcourus au cours de compétitions avec mes amis Jean Louis, François et surtout Pascal, avec qui, durant plusieurs années, la concordance de nos rythme de compétition était semblable.

     J'espère vivre encore un certain temps des moments sympathiques de communion amicale et sportive. (Jean Poussineau)

A suivre ... ?

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