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MON PREMIER MARATHON
par MAURICE BEAUVALLET
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LYON, dimanche 23 septembre 2001 : Cinq heures du matin, je me lève pour prendre un petit déjeuner copieux, suivi une heure après par Jojo (mon beau frère) et Nathalie, mes deux accompagnateurs, venus m'assister sur ce défi : réaliser mon premier marathon .
Sur la ligne de départ au stade Gerland de Lyon, un seul bémol, les conditions atmosphériques sont désastreuses: pluie battante et chute des températures. Enveloppé dans un sac plastique poubelle, parmi les 2800 concurrents, je me sens très bien physiquement et moralement. Je n'ai nullement l'impression de courir dans quelques instants ce périple de 42,195 km. 9h10, le départ est donné. Pas de bousculade, je décide de partir très sagement. J'essaie de courir le plus possible au milieu de la chaussée, pour avoir le meilleur appui sur un bitume rendu glissant par la pluie. J'évite les flaques d'eau pour ne pas avoir les pieds trempés et les chaussures alourdies. 9h40, je pense à Nathalie qui doit prendre le départ de la course des 10 km . ( inscrite au dernier moment, elle a décidé de faire son petit footing dominical, en attendant mon arrivée.) Je ne peux lui souhaiter que courage sous cette pluie glaciale. A partir de ce moment, la course se décante, le peloton s'étire et des petits groupes se forment. Je me retrouve au côté d'un coureur, qui a la même foulée et le même rythme que moi. Nous nous interrogeons sur nos ambitions et sur notre état de forme actuelle, afin de nous rassurer mutuellement. Sans le savoir nous resterons ensemble coude à coude pendant plus de 25 km. Nous intégrons alors un groupe d'une dizaine d'unités. La communion au sein de ce groupe sera parfaite pendant une quinzaine de km. Deux par deux, nous prenons de longs relais sans accélération, sur une base de 4' 20" au km. Au km 10, que nous passons en 43 min, ce sera mon premier ravitaillement en boisson (eau). En solide, je préfère me ravitailler uniquement avec mes barres énergétiques, que j'ai stockées dans les différentes poches cousues tout autour à l'intérieur de mon short.
Nous arrivons dans le centre de Lyon. Le public est de plus en plus nombreux, massé de chaque côté de la route. On frôle de très près parfois les spectateurs qui crient leur encouragement sous les parapluies. Des enfants nous tendent leurs mains, nous leur tapons dedans avec la nôtre. Des pancartes fleurissent : "Vas y papa" ou "courage, vous êtes tous des champions". Des groupes musicaux à l'abri sous les terrasses de café, nous donnent le tempo. Devant un bâtiment militaire, nous avons droit à un pas redoublé: "Sambre et Meuse". Vraiment fantastique ce public lyonnais sous la pluie. Il nous recharge continuellement nos batteries. Le 15ème km sera bouclé en 1h 05 min, et le semi (mi course) en 1h 33 min. Nous sommes alors dans le parc de Parilly, et nous croisons en sens inverse, de l'autre coté de la route, les premiers de la course qui sortent du parc. Impressionnant, ils ont au moins 20 min d'avance sur nous. A ce moment, je pense de nouveau à Nathalie, qui a dû en terminer sur son 10 km. (A l'arrivée, elle m'apprendra qu'elle a réalisé un temps de 47'17"; une minute de moins que son record personnel, et sans forcer en plus. Jojo ajoutera même qu'elle est arrivée dans un état de fraîcheur remarquable. ) Bravo!!!
Cela fait maintenant 2h15 que nous courons. Bientôt, nous allons attaquer le fameux mur des 30 (km). Ce mur, que beaucoup de marathoniens redoutent : ça passe ou ça craque. A l'entrée du parc de la Tête d'Or, mon coéquipier, toujours à mes cotés, donne des premiers signes de fatigue. Notre allure a légèrement diminué : 4'30" au km. La pluie redouble d'intensité et il fait de plus en plus froid. Km 34. Après avoir zigzagué au travers d'une dizaine de canards qui traversaient paisiblement la chaussée du parc, mon partenaire s'arrête brutalement. Je me retourne, il se tient la cuisse et avance en boitant : contracture. "Continue ! c' est cuit pour moi. Ne t'arrête surtout pas. Vas y !.... ....Merci ! " Comme un lâche, je l'abandonne à son triste sort, après plus de deux heures de course passées ensemble . Maintenant, je suis seul. Il reste 8 km. J'ai les mains glacées. Avec beaucoup de mal, j'arrache d'une de mes poches de mon short une pastille de sel, que je croque pour éviter les crampes. Du 35ème au 37ème km, je décide de réduire mon allure. Je raccourci ma foulée afin de soulager les muscles, et respire profondément pour les oxygéner et réduire la fatigue. Je décontracte mes bras. Je tourne alors en 4'45" au km. Km 37. J'aborde en contrebas les quais du Rhône. Je sais qu'au bout de ces 4 km de quais, ce sera la dernière ligne droite vers l'arrivée. Maintenant, c' est dans la tête que ça se passe. Il faut serrer les dents, accepter la douleur, cela fait parti du défi. Je ne peux plus échouer. Les nombreux spectateurs, tassés sous les ponts à l'abri de la pluie rythme notre passage en tapant des mains, ou sur des tam-tams. "Allez! c' est la fin. Bravo! " Combien de fois, j'ai entendu cet encouragement. A ce stade de la course, c'est tellement important d'avoir le soutien du public. Je retrouve alors un rythme nettement supérieur. (4'05"/ 4'10" au km). C' est fini maintenant, je ne regarde plus mon chrono. Il faut foncer pendant 5 km, sans oublier néanmoins le dernier ravitaillement en glucose. Dernier virage à gauche. Reste 500 mètres. J'aperçois au loin la structure gonflable Télécom de l'arrivée. A ce moment les signes de douleurs sont intériorisés. Seule compte la victoire sur soi-même. A 300 mètres de l'arrivée, un cri me parvient : "Vas y Maurice...... C' est super.... C' est fini..... Bravo ! " C'est Nathalie accompagnée de Jojo, qui crie sa joie, debout sur une barrière de sécurité, trempée comme une éponge. Elle me redonne un dernier coup de fouet. Je passe à leur coté, regard clos. Je les vois sans les voir, les yeux fixés sur l'arrivée. A cet instant on se sent d'un seul coup grandi et très fort, mais, je n'ai qu'un regret : Je finis avec l'envie encore de courir...... .
Un immense merci à vous tous : Amis de la Sepab et de la section loisir du jeudi, qui m'avez adressé des messages d'encouragement. Marie Noëlle, ma femme. Perrine et Clément, mes enfants. Jojo, Jean Luc (Erba). Mamie Beaujeu. Stephan. Et toi Nathalie (omniprésente). Pendant près de quatre mois de préparation vous m'avez aidé à tous les niveaux : entraînements, séances de soins, massages, préparation : physique, diététique et mentale ...... Merci . On a réussi . Km 42,195 . Il est 12h22 . Je passe la ligne d'arrivée.
M.B.
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